
Vous êtes-vous déjà demandé comment l’UFC, aujourd’hui organisation sportive valant plusieurs milliards de dollars, a vu le jour ? Des premières éditions sauvages sans règles ni catégories de poids jusqu’au rachat par les frères Fertitta en 2001, retour sur les origines tumultueuses de l’Ultimate Fighting Championship et sur le chemin parcouru pour faire du MMA un sport reconnu mondialement.
Deux gars en short avec des mitaines qui se battent dans une cage… Mais comment en est-on arrivé là ? Aujourd’hui tout le monde connaît l’UFC et ses superstars : Anderson Silva, Jon Jones, Conor McGregor, Khabib Nurmagomedov, Israel Adesanya, Alex Pereira, Khamzat Chimaev, Islam Makhachev, Ilia Topuria… pour ne citer qu’eux.
L’UFC est devenue une marque tellement puissante que beaucoup de gens utilisent le mot « UFC », qui désigne une organisation, pour parler du MMA, le sport en lui-même. Ça illustre à lui seul l’impact planétaire de la promotion.
Pourtant, l’UFC n’a pas toujours été prospère. Il y a eu tout un cheminement avant qu’elle obtienne son quasi-monopole sur le MMA mondial. L’organisation a failli faire faillite à plusieurs reprises au début des années 2000, et certains combats d’anthologie n’auraient jamais vu le jour si les choses avaient tourné différemment. Voici l’histoire des origines de l’Ultimate Fighting Championship.
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L’idée de départ : la guerre des mondes
Tout commence au début des années 1990. Le businessman américain Art Davie veut proposer un spectacle inédit aux Américains. Il contacte le maître en jiu-jitsu brésilien Rorion Gracie et le scénariste-réalisateur John Milius pour leur soumettre une proposition : mettre en place un tournoi à élimination directe composé de huit combattants, baptisé « La Guerre des Mondes ». L’objectif est simple : déterminer quel art martial est le plus efficace.
L’idée d’Art Davie est née d’une série de vidéos intitulée « Gracies in Action », produite par la famille Gracie. Dans ces vidéos, des membres de la famille, dont les légendaires jiujitsuka Renzo et Royce Gracie, battaient des combattants souvent plus grands et plus lourds issus de disciplines variées comme le karaté, le kung-fu ou le kickboxing, lors de combats de Vale Tudo. Le Vale Tudo est un sport de combat qui est devenu populaire au Brésil au cours du XXe siècle, c’est des combats à mains nues, de plein contact, avec relativement peu de règles, en fait c’est l’ancêtre du MMA.
Art Davie s’inspire des combats des Gracie. L’entrepreneur veut mettre en place un tournoi avec des combats pratiquement sans règles et sans catégories de poids entre des concurrents de différentes disciplines. Ça veut dire qu’un judoka de 65 kg peut se retrouver face à un boxeur de 90 kg.
Rorion Gracie voit dans ce projet une opportunité de faire connaître le jiu-jitsu brésilien au-delà du Brésil. Milius, lui-même élève de Gracie, accepte d’en être le directeur artistique. Art Davie rédige le plan d’affaires, lève des fonds auprès de 28 investisseurs et fonde WOW Promotions. Après avoir essuyé plusieurs refus de diffuseurs, WOW trouve finalement un partenaire télévisuel en la personne de Semaphore Entertainment Group (SEG), en mai 1993.
La naissance de l’octogone
Pour ce tournoi, Art Davie et Rorion Gracie veulent une arène atypique et pas un ring classique avec des cordes, jugé trop traditionnel et potentiellement dangereux (les combattants pourraient tomber ou s’en servir comme avantage). Ils contactent le directeur artistique Jason Cusson. Les idées les plus folles sont évoquées : des douves remplies d’alligators, une plateforme surélevée entourée de barbelés, une cage électrifiée…
Finalement, la sagesse l’emporte : une arène à huit côtés entourée d’un grillage est retenue. L’octogone est né, et il deviendra l’un des symboles les plus reconnaissables du sport mondial. Au début, ce premier tournoi UFC est présenté comme un tournoi de jeu vidéo type mortal kombat, street fighter… sauf que là, c’est dans la vraie vie. SEG donne à l’événement son nom définitif : « The Ultimate Fighting Championship ».
Le premier événement UFC : novembre 1993
Le premier événement de l’UFC se tient au McNichols Sports Arena de Denver, Colorado, le 12 novembre 1993. Le tournoi réunit huit combattants issus de disciplines très différentes : le kickboxeur Kevin Rosier, le taekwondoïste Patrick Smith, le pratiquant de savate Gerard Gordeau, le karatéka Zane Frazier, le lutteur Ken Shamrock, le sumotori Teila Tuli, le boxeur Art Jimmerson, qui entre dans l’octogone avec un seul gant de boxe, et enfin la ceinture noire de jiu-jitsu brésilien de 79 kg, Royce Gracie, choisi par son frère Rorion pour représenter la famille.
Royce Gracie va largement honorer cette confiance. Il soumet successivement Jimmerson, Shamrock et Gordeau dans la même soirée pour remporter le tournoi (voir les meilleures soumissions en MMA ici). Sa domination, face à des adversaires bien plus imposants physiquement, envoie un message retentissant au monde des arts martiaux : la technique prime sur la force brute. L’émission est un succès immédiat avec 86 592 achats en pay-per-view. Fort de ce résultat, SEG décide de développer le concept en franchise. La promotion UFC est officiellement lancée, avec Bob Meyrowitz, fondateur de SEG, comme président exécutif.
Les premières années : pas de règles, pas de limites
Dans ces premières années, l’UFC ressemble davantage à un spectacle qu’à un sport codifié. Il n’y a quasiment aucune règle, seulement deux interdictions : les morsures et les coups dans les yeux. Tout le reste est permis : coups dans les parties, coups de tête, pas de catégories de poids, pas de gants obligatoires, pas de rounds, pas de limite de temps. Un judoka de 65 kg peut se retrouver face à un boxeur de 90 kg. D’ailleurs il n’y a pas d’obligations de tenues ou de gants : le jiujitsuka a son kimono, le boxeur est torse nu etc.
D’autres tournois sont organisés et les spectateurs assistent à des oppositions plus folles les unes que les autres. Par exemple à l’UFC 3 Keith The Giant Killer Hackney, qui mesure 1m80 pour 91 kg, affronte Emmanuel Yarbrough, 2m03 pour 272 kg. L’ambiance est telle qu’à l’UFC 4, deux combattants portant des queues de cheval, Jason Fairn et Guy Mezger, s’accordent mutuellement pour ne pas se tirer les cheveux pendant leur combat. On est clairement dans une autre époque.
Le combat qui a tout changé : Gracie vs Shamrock 2
Au début de l’UFC, il n’y a même pas de limite de temps. Ça veut dire pas de rounds, pas de temps morts… juste deux gars qui cherchent à se finir. Pour ça, ils ont trois options : par KO, par soumission ou en faisant en sorte que l’équipe adverse jette l’éponge. Imaginez si Nate Diaz et Leon Edwards s’étaient affrontés à cette époque… Bref, ça, c’est encore une autre histoire. Peut être qu’on pourrait vous raconter ça dans un autre article, ça vous dirait ? Dites-nous en commentaire !
Le 7 avril 1995, à l’UFC 5, la revanche entre Royce Gracie et Ken Shamrock a lieu. Le combat est très attendu. Gracie avait battu Shamrock en finale du premier tournoi UFC. Mais ce que le public va voir va marquer l’histoire de l’UFC pour de mauvaises raisons.
Shamrock amène rapidement Gracie au sol et reste dans sa garde. La position se stabilise pendant de longues minutes. Les deux hommes s’échangent quelques coups mais l’action est quasi inexistante. Le public, venu pour du spectacle, exprime bruyamment son mécontentement. Après 30 minutes de combat, l’événement est arrêté car le temps imparti du pay-per-view est dépassé. Une prolongation de cinq minutes est accordée sous pression du public. Le combat se termine finalement sur un match nul après 36 minutes.
Ce combat-fleuve aura au moins eu le mérite de forcer l’UFC à évoluer : dans la foulée, une limite de temps est instaurée, des juges sont nommés pour trancher les matchs nuls, et les arbitres obtiennent le droit de relever les combattants en cas d’inactivité prolongée.
La bataille pour la survie : McCain contre l’UFC
L’UFC continue de se développer et organise son premier événement hors des États-Unis continentaux avec l’UFC 8 à Porto Rico en février 1996. Mais la violence des événements attire l’attention des autorités. Cette même année, le sénateur américain John McCain demande aux 50 États d’interdire l’UFC. Trente-six États promulguent des lois interdisant ces combats jugés « sans règles ».
Face à cette menace existentielle, l’UFC s’adapte. Sous la direction du commissaire Jeff Blatnick et de l’arbitre John McCarthy, épaulés par le matchmaker historique Joe Silva, un manuel de procédures, codes de conduite et règles est élaboré pour permettre à l’UFC d’être sanctionnée par les commissions sportives des États. Les règles s’affinent événement après événement :
- UFC 12 : introduction des catégories de poids, interdiction du fish-hooking (insérer les doigts dans la bouche ou les narines de l’adversaire)
- UFC 14 : gants rendus obligatoires, coups de pied à la tête d’un adversaire au sol interdits
- UFC 15 : interdiction des coups à la nuque, des coups de tête, des manipulations des petites articulations et des coups à l’aine
- UFC 21 : introduction des rounds de cinq minutes
Avec l’apparition de ces règles, certains combattants doivent adapter leur stratégie. Par exemple, l’Américain Mark Coleman, qui vient de la lutte, ne peut plus envoyer des coups de tête à ses adversaires qu’il a mis au sol. D’ailleurs, c’est un peu Coleman qui a démocratisé le ground and pound, ce qui lui a valu le surnom « The Godfather of Ground & Pound ». Découvrez le lexique du MMA ici.
Pendant cette période difficile, les événements se tiennent principalement dans des États ruraux moins regardants sur la réglementation sportive : Iowa, Mississippi, Louisiane, Wyoming, Alabama.
L’UFC parvient à continuer de se développer et le 21 décembre 1997, elle fait même un événement au Japon : l’Ultimate Japan. Progressivement, l’organisation propose des événements sportifs et plus uniquement des spectacles violents.
Le travail de lobbying finit par payer. En novembre 2000, l’UFC organise son premier événement homologué — l’UFC 28 — conformément aux « Règles unifiées » du New Jersey State Athletic Control Board. Le MMA moderne est officiellement né.
Blatnick et McCarthy parcourent les États-Unis pour essayer de changer l’image de ce sport. Ils vont y parvenir. En avril 2000, la Californie est sur le point de devenir le premier État des États-Unis à signer un ensemble de règles codifiées régissant le MMA. Peu de temps après, le New Jersey adopte le texte. Finalement, le 17 novembre 2000, l’UFC organise son premier événement homologué, l’UFC 28 , conformément aux « Règles unifiées » du New Jersey State Athletic Control Board.
Le rachat par les Fertitta : l’UFC renaît de ses cendres
Mais toutes ces batailles réglementaires ont laissé des traces financières. SEG est au bord de la faillite. C’est à ce moment qu’entrent en scène Frank et Lorenzo Fertitta, dirigeants de casinos à Las Vegas, et leur associé, l’entrepreneur américain Dana White. En janvier 2001, les frères Fertitta rachètent l’UFC pour deux millions de dollars, une somme qui fait sourire aujourd’hui au vu de la valeur actuelle de l’organisation. Ils créent Zuffa LLC comme société mère et placent leur associé Dana White à la tête de l’entreprise.
Ce rachat marque le début d’une nouvelle ère. L’UFC, qui frôlait la disparition, va devenir en l’espace de deux décennies l’une des organisations sportives les plus puissantes et les plus rentables de la planète.
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